Trier, laver, stocker la laine de mouton

En pleine saison de tonte des moutons et donc de récupération de laines, la question est toujours de savoir comment procéder pour le tri de fibres qui composent ces toisons et leur lavage. Vais-je opter pour un lavage par fermentation ou les laver directement ?

Je vais expliquer ici ma façon de procéder pour le tri des toisons de mouton et pour le choix du type de lavage. Cette façon de procéder est le fruit d’échanges avec différents experts lainiers (Nadine Singeot et Nicolas Poupinel entre autres) et des mois d’essais. Elle permet d’avoir une laine propre et toute douce.

Mais avant le tri, un petit mot sur le stockage des toisons après la tonte. Il est conseillé d’éviter les sacs plastiques car les fibres ont besoin de respirer. Je stocke toujours les toisons soit dans des sacs en papier quand j’en ai, soit dans des vieux draps. L’avantage des draps est que je peux directement asperger des gouttes d’huile essentielle de clous de girofle pour faire fuir les mites.

Trier une toison

Dans le travail artisanal de la laine chaque étape compte de façon égale et si l’une est gâchée, la suivante ne donnera pas de beaux résultats. La matière que l’on voudra filer ou feutrer sera de qualité moyenne voire mauvaise.

Je ne travaille qu’avec des toisons issues d’animaux élevés en extérieur intégral. Par respect pour l’animal et parce qu’ainsi, les fibres sont longues. Si les moutons ne sont qu’en bergerie ou une partie de l’année, les fibres sont courtes.

Pour que le travail de la laine soit intéressant et efficace, il est nécessaire que la tonte ait été effectuée sur une surface propre comme une bâche et surtout pas sur de la paille. Si il faut une pince à épiler pour retirer tous les débris végétaux, la toison va directement au compost !!

Le tri d’une toison doit être soigné et c’est pour cela qu’il prend beaucoup de temps. Avant de démarrer le tri, il est conseillé d’étaler la toison 24 heures avant sur la table de tri afin qu’elle reprenne son gonflant. Le tri en sera facilité car il est ainsi plus facile de bien distinguer la qualité des fibres au bout de ses doigts. Lorsque la toison sort directement du sac, les fibres paraissent un peu sèches ce qui n’aide pas à distinguer leurs différentes qualités.

La toison doit être étalée sur une table grillagée, plus pratique qu’une table ordinaire pour faire tomber tous les débris végétaux qui sont éventuellement coincés dans les fibres ainsi que les fausses coupes. Si vous avez récupéré un paquets de toisons entassées dans un gros sac genre big bag, alors ce seront des toisons en vrac que l’on place sur la table.

Je commence par retirer toutes les parties crottées et les crottes. Puis je prends des morceaux de toisons par morceaux de toisons que je secoue, ce qui permet de faire tomber pas mal de débris et de fausses coupes. Ce qui reste « coincé » est ensuite enlevé à la main.

Sur chaque morceau je vérifie si les fibres cassent, leur finesse et douceur et la longueur.

Concernant la cassabilité des fibres : il suffit de les étirer franchement et de voir si elles se cassent. Si c’est le cas, elles ne sont pas à utiliser pour le filage ni pour le feutrage. Elles peuvent être utilisées comme fibres à rembourrer.

Pour la longueur : je ne garde que les fibres d’une longueur supérieure à 2,5 cms (2 phallanges d’index) car sinon au cardage, elles feront des petites boules.

Pour la finesse : elle est à évaluer aux doigts et à l’oeil. Pour le filage, je ne garde que les fibres vraiment douces et fines. Celles qui paraissent douces mais à l’oeil plus grossières et épaisses seront gardées pour le feutrage.

Certaines fibres sont feutrées à leur extrémité ou très très sales mais globalement, elles sont belles et fines : je les coupe comme indiqué sur la photo ci-dessous :

Coupe sur une fibre de blue texel

Ainsi dans un processus de tri j’ai 4 bacs de fibres que je distingue :

1- Bac des déchets qui iront au compost dans le jardin;

2- Bac des fibres à filer : > 2,5 cms, très douces et fines;

3- Bac des fibres à feutrer; > 2,5 cms, peu douces et plus épaisses, grossière;

4- Bac des fibres pour le rembourrage = fibres cassantes et fibres très courtes < 2,5 cms

Avec de l’exercice, le tri est de plus en plus facile. Mais il faut aussi bien observer: les fibres ne se ressemblent visuellement pas. En général, en plus de cette différence, elles se distinguent également par leur finesse et leur cassabilité.

Laver les fibres de mouton

J’utilise deux modes différents de lavage : le lavage par fermentation ou le lavage direct. Je renvoie à l’article sur la fermentation (ici) pour en connaître le procédé.

Le choix entre les deux modes de lavage est fonction du type de fibres (voir article) mais aussi de la température ambiante puisqu’ en fermentation, il ne faut pas que les températures descendent en dessous de 15°C. Mais le choix est surtout fonction de la quantité de laine que j’ai à laver. Si j’en ai peu, j’utilise la fermentation. En revanche, si je dépasse les 30 kgs, je préfère le lavage direct.

Pour le lavage direct, voici ma méthode :

* laisser tremper 30 minutes la laine dans de l’eau de pluie froide,

*essorer,

* tremper pendant 15 minutes dans un eau à 80°C à laquelle j’ai ajouté quelques gouttes (4-5) de savon liquide de fiel de boeuf (acheté en boutique bio) et quelques paillettes de savon de Marseille bio. Le fiel de boeuf se présente ainsi :

Je couvre le bac pour garder un maximum la chaleur de l’eau.

* essorer puis attendre que la laine refroidisse,

* rincer à eau froide jusqu’à eau claire.

* Entre chaque rinçage, essorer,

* faire sécher à l’abri du soleil.

Avec un gros bac d’eau chaude je peux ainsi effectuer jusqu’à 3 ou 4 bains de lavage de laines (pour chaque bain je rajoute à la fois du fiel de boeuf et du savon de Marseille), ce qui permet d’économiser de l’énergie et de l’eau. Il n’y a aucun risque à laver la laine avec une eau très chaude, à condition de ne pas remuer trop. Je lave toujours au moins à 60°C car si dans la laine se trouvent des larves de mites (malgré toutes mes précautions !!) et sachant que les dites larves meurent à 59°C, cela me garanti la disparition de ces parasites. Pour garder l’eau chaude un maximum de temps, il faut couvrir le bac de lavage.

Les eaux de rinçage sont également réutilisées. Cela signifie que le lavage est plus ou moins planifiée pour une certaine quantité de laine. En général je réussis à laver jusqu’à 1,5 et 2 kgs de laine avec un bac de 30 litres d’eau chaude et autant pour les rinçages.

Une fois sèche, la laine est stockée dans des vieux draps ou taies d’oreillers sur lesquelles je mets des gouttes d’huile essentielle de clous de girofle.

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